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Les frelons géants d’Asie en Amérique du Nord :

Les réponses du scientifique Tom Onuferko

La découverte de quelques frelons géants d’Asie (surnommés les frelons « meurtriers ») en Colombie-Britannique et dans l’État américain de Washington a récemment fait les manchettes. Avec l’arrivée du printemps et les sorties plus fréquentes, la vue d’insectes ressemblant aux frelons peut susciter des peurs non justifiées.

Nous avons demandé à un de nos scientifiques, Tom Onuferko, Ph. D., détenteur de la bourse postdoctorale Beaty dont les études portent sur les abeilles et les guêpes indigènes, de répondre à nos questions afin de nous éclairer sur ces insectes volants à la une de l’actualité.  

Question : Qu’est-ce qu’un frelon géant d’Asie et pourquoi fait-il les manchettes ?
Réponse : Le frelon géant d’Asie est une espèce de frelon (genre Vespa), qui se nomme V. mandarinia. Il est présent naturellement dans la majeure partie de l’Asie, où il joue un rôle de premier plan comme prédateur d’autres insectes dans les écosystèmes dont il est indigène.

De récents signalements de ce frelon en Colombie-Britannique et sur la côte du Nord-Ouest des États-Unis fait craindre que cette espèce ne s’établisse sur notre continent. Il s’agit d’un gros insecte, dont l’envergure des ailes est d’environ 7,5 cm (3 po). Capable d’infliger des piqûres douloureuses, il se nourrit d’abeilles mellifères et d’autres insectes.

Question : Pourquoi les médias le qualifient-ils de « frelon meurtrier » ? Doit-on s’inquiéter de sa présence ?
Réponse : Non, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Le terme accrocheur de « frelon meurtrier » ne donne pas une image juste de la réalité, car il exagère la menace.

Le frelon géant d’Asie peut infliger une piqûre douloureuse quand il sent que lui-même ou sa colonie sont menacés; il est donc préférable de l’éviter. Les piqûres, surtout de  plusieurs frelons à la fois, peuvent se révéler dangereuses, mais elles sont rarement mortelles pour l’humain même dans les régions où cette espèce est indigène. Les préoccupations que suscite l’implantation de cet insecte en Amérique du Nord touchent davantage l’économie et l’environnement naturel que la santé humaine.

© Tom Onuferko

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Un Frelon européen femelle, collecté par Tom Onuferko dans la péninsule du Niagara, printemps 2012.
Le frelon géant d’Asie et le frelon européen ont tous les deux des bandes distinctives : les bandes jaunes du frelon européen sont plus larges dans la partie postérieure et présentent des coulées foncées en forme de gouttes caractéristiques. Ces taches sont absentes chez le frelon géant d’Asie.

Question : Encourage-t-on les signalements ?
Réponse : Oui, si vous êtes dans les zones où l’espèce a été observée en Amérique du Nord, c’est-à-dire quelques localités de la Colombie-Britannique et de l’État américain de Washington. Il importe toutefois que le signalement soit confirmé avant toute tentative d’éradication. On a malheureusement tué des guêpes solitaires indigènes, comme Sphecius speciosus, cette mangeuse de cigales bénéfique et en général inoffensive, parce qu’on l’avait prise pour un frelon. Il est tragique de détruire nos espèces locales en raison d’informations erronées et de craintes injustifiées.  

Question : Le frelon géant d’Asie est-il mauvais pour les abeilles et les apiculteurs ?
Réponse : Il pourrait l’être. Le Canada abrite environ 900 espèces d’abeilles, dont la grande majorité sont indigènes. Nous ne connaissons pas les effets que pourrait avoir l’introduction du frelon géant d’Asie sur ces espèces.

On sait que ce frelon a décimé des colonies d’abeilles mellifères, dont il se nourrit. Les abeilles mellifères sont aussi une espèce exotique en Amérique du Nord, où elles n’ont pas de prédateurs naturels. Elles pourraient donc être particulièrement vulnérables à la prédation de ce frelon. Sachez que les abeilles mellifères elles-mêmes concurrencent et déplacent des espèces indigènes, notamment d’autres abeilles. Un déclin des populations d’abeilles mellifères aurait des répercussions négatives sur l’activité économique en diminuant la production de miel et la pollinisation de certaines cultures, mais non sur nos écosystèmes indigènes.

Question : Que se passera-t-il si le frelon géant d’Asie s’établit en Amérique du Nord ?
Réponse : L’introduction de n’importe quelle espèce exotique peut perturber les écosystèmes indigènes. Le frelon géant d’Asie est le dernier d’une longue liste d’organismes qui ont investi de nouveaux environnements probablement en raison d’activités humaines. Son appétence pour les abeilles mellifères inquiète plusieurs apiculteurs, mais il est difficile de prédire les répercussions de ce frelon sur les espèces sauvages. On peut s’attendre, à tout le moins, que ces prédateurs concurrencent et, peut-être, déplacent d’autres insectes également prédateurs.  

Question : J’habite dans l’Est du Canada et je crois avoir vu un frelon géant d’Asie. Est-ce possible ?
Réponse : C’est hautement improbable. À moins de vous trouver dans une très petite région du sud-ouest de la Colombie-Britannique ou dans l’État de Washington, vous avez vu autre chose que cette espèce dans la nature en Amérique du Nord.

Ceci dit, il est possible de confondre certaines espèces de l’Est du Canada avec le frelon géant d’Asie. Le candidat le plus probable est le frelon européen (Vespa cabro), qui a été introduit dans l’État américain de New York au 19e siècle. Depuis, il s’est établi dans la majeure partie de l’Est de l’Amérique du Nord, notamment dans le sud de l’Ontario. Sa présence a entraîné des signalements erronés de frelon géant d’Asie dans des zones où il est presque certainement absent.

Curieusement, malgré une présence d’environ deux siècles en Amérique du Nord, le frelon européen n’a pas réussi à s’implanter jusqu’à la côte ouest. Ainsi, même si le frelon géant d’Asie réussissait à s’établir dans l’Ouest de l’Amérique du Nord, son expansion vers l’est est incertaine et pourrait être très lente.

D’autres espèces indigènes de l’Est du Canada peuvent aussi être confondues avec le frelon géant d’Asie, notamment :

  • La guêpe à taches blanches (Dolichovespula maculata) est une grosse guêpe presque noire, que l’on prend souvent pour un frelon en raison de sa taille.
  • La plus grosse guêpe de l’Est du Canada  est une prédatrice solitaire qui se nourrit de cigales : Sphecius speciosus. On la confond souvent avec les frelons, mais elle est davantage apparentée aux abeilles qu’à ces derniers. Bien qu’elle soit capable de piquer pour se défendre, cette guêpe est paisible et permet de limiter les populations de cigales.  

Le mot de la fin
Il importe de surveiller les espèces envahissantes, ce qui requiert une connaissance non seulement des espèces indigènes du Canada mais des espèces étrangères. Les musées comme le Musée canadien de la nature offrent non seulement l’expertise des taxonomistes pour identifier les espèces, mais aussi des collections scientifiques dont la consultation permet de déterminer avec certitude les espèces existantes et les sites qu’elles occupent.