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Mâle ou femelle ? Un scientifique du Musée canadien de la nature remet en question les preuves fossiles utilisées pour conclure à des différences entre les sexes chez les dinosaures

Dan Smythe © Musée canadien de la nature

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Jordan Mallon dans la réserve des collections de fossiles du Musée canadien de la nature avec des moulages de crâne de certains dinosaures entrant dans son étude sur les signes de dimorphisme sexuel. Tyrannosaurus rex (gros crâne), Allosaurus fragilis (crâne noir), Protoceratops andrewsi et Stegoceras validum (dans sa main).

Ottawa, 29 mars 2017— Un paléontologue du Musée canadien de la nature remet en cause les conclusions d’études effectuées pendant plusieurs décennies selon lesquelles on pourrait déterminer le sexe de certains dinosaures grâce à la forme et à la taille des os.

Le spécialiste des dinosaures du Musée, Jordan Mallon, Ph. D., soutient que les indices fournis à cet effet par les fossiles ne sont pas concluants et qu’il est peut-être temps de « réécrire les manuels ». Publié aujourd’hui dans la revue en ligne Paleobiology, son article (en anglais) se concentre sur le principe biologique du dimorphisme sexuel, selon lequel les mâles et les femelles d’une même espèce peuvent se distinguer par des caractéristiques physiques autres que les organes sexuels.

« Je ne dis pas qu’il n’existe pas de dimorphisme chez les dinosaures. Je dis plutôt que les indices actuels fournis par les fossiles ne permettent pas de l’affirmer. Donc rien n’est encore joué », affirme Jordan Mallon.

Le paléontologue en est arrivé à cette conclusion en reprenant toutes les anciennes études attribuant un dimorphisme sexuel aux dinosaures. Il explique où réside le problème : certaines études reposent sur un faible échantillon et, ce qui est pire, présentent en plus des analyses statistiques déficientes, qui conduisent à des conclusions erronées.

« Si l’on reprend les données des études originales avec des analyses statistiques appropriées, comme les modèles de mélange gaussian, aucun dimorphisme n’apparaît, explique le chercheur. D’autres scientifiques ont mis en doute l’existence du dimorphisme chez les dinosaures déduite à partir de preuves fossiles, mais il s’agit du premier article publié qui démontre cet état de fait. » 

Jordan Mallon a réexaminé les données concernant neuf espèces, dont des dinosaures à cornes, des stégosaures et des dinosaures carnivores. Figurait parmi les études un article faisant autorité qui assignait un dimorphisme sexuel à une vingtaine de spécimens d’un dinosaure à cornes appelé Protoceratops andrewsi. L’auteur de cet article daté de 1976 affirmait qu’on pouvait reconnaître les mâles à leur collerette plus large et à une bosse plus marquée sur le nez. L’étude comportait un échantillon de bonne taille, mais quand Mallon a réanalysé les données, il a découvert qu’il n’y avait pas suffisamment d’éléments probants pour séparer les spécimens en deux groupes distincts en fonction de la forme de leurs os.

Le paléontologue du Musée indique qu’il existe des moyens de reconnaître un dinosaure mâle d’une femelle, mais qu’il s’agit de données éparses qui ne nous renseignent pas sur le fait que les sexes se distinguent ou non par leur anatomie externe.

« On peut déterminer le sexe d’individus femelles par exemple dans les cas où on trouve un spécimen contenant des œufs préservés en son sein », explique-t-il. Le paléontologue ajoute que les chercheurs peuvent aussi s’intéresser à l’os médullaire, genre de matière spongieuse qui se trouve à l’intérieur des os longs des femelles ovipares, comme on le voit chez les oiseaux aujourd’hui.

« Ce qu’il faut faire, c’est d’examiner les spécimens dont on peut déterminer le sexe femelle avec certitude; quand on disposera d’un échantillon suffisamment grand de ces spécimens, on sera alors en mesure de décrire à quoi peut ressembler une femelle. On pourra ensuite étudier le reste de la population et comparer les individus aux femelles confirmées afin de déterminer quels sont les sujets qui leur ressemblent et ceux qui ne leur ressemblent pas. Ces derniers seront alors des mâles », explique Jordan Mallon.

Pour autant, l’existence du dimorphisme sexuel chez certains dinosaures ne surprendrait pas le chercheur, puisque ce phénomène se rencontre chez des créatures comme les oiseaux et les crocodiles, qui sont les plus proches parents vivants des dinosaures. Les crocodiles mâles, par exemple, sont plus gros que les femelles, et le paon mâle déploie une immense queue bigarrée.

Le défi qui se présente aux paléontologues est de trouver des fossiles d’une espèce donnée en nombre suffisant et d’un même âge pour pratiquer les analyses statistiques appropriées. Comme le fait remarquer Jordan Mallon, les études actuelles sont déficientes à cet égard.

« Ce que je laisse entendre dans cet article, c’est que si l’on veut s’attaquer à la question du dimorphisme sexuel chez les dinosaures, il sera difficile d’y parvenir en empruntant la voie traditionnelle. Il nous faut continuer de chercher », conclut le paléontologue.

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Un mot sur le Musée canadien de la nature
Le Musée canadien de la nature est le musée national de sciences et d’histoire naturelles du Canada. Il a vocation à transmettre des idées fondées sur des faits, à procurer des expériences instructives et à favoriser une relation enrichissante avec la nature d’aujourd’hui, d’hier et de demain. Il y parvient grâce à sa recherche scientifique, à sa collection de 10,5 millions de spécimens, à ses programmes éducatifs, à ses expositions permanentes et itinérantes, et à son site Web dynamique nature.ca. La collection de fossiles du Musée comprend des spécimens de dinosaures du Canada comptant parmi les plus représentatifs au monde, notamment des spécimens-types  importants de plusieurs dinosaures à cornes.

Renseignements pour les médias et demandes d’entrevues 
Dan Smythe
Relations avec les médias
Musée canadien de la nature
613.566.4781; 613.698.9253 (cell.)
dsmythe@mus-nature.ca