1. Accueil>
  2. Au sujet du Musée>
  3. Nouvelles du Musée>
  4. Médias>
  5. Communiqués>
  6. Une analyse des fossiles met en évidence les effets de l’extinction des mammifères nord-américains sur les communautés survivantes

Une analyse des fossiles met en évidence les effets de l’extinction des mammifères nord-américains sur les communautés survivantes

Lt. Emöke M. Tóth

Fermer.

Après l’extinction de la mégafaune, beaucoup de mammifères survivants ont élargi leur aire de répartition, ce qui a donné lieu à des aires de chevauchement également plus étendues. Dans les zones de chevauchement, la ségrégation entre les espèces s’est accrue. 

 

Ottawa, 19 septembre 2019 – Il y a environ 11 700 ans, le glas sonnait pour environ les trois quarts des espèces de gros mammifères d’Amérique du Nord. Les gros carnivores et herbivores comme les mammouths, les tigres à dents de sabre et les paresseux terrestres ont disparu, peut-être en raison de l’activité humaine. D’autres comme les cerfs, les coyotes et les bisons ont survécu dans des environnements où les plus gros mammifères n’étaient plus là pour modeler le paysage ou influer sur leurs populations.

Les répercussions de ces disparitions sur les mammifères vivant aujourd’hui fait l’objet d’un article publié dans la revue Science par une équipe internationale de 19 chercheurs  d’Australie, des États-Unis, de Finlande et du Canada (dont Danielle Fraser, Ph. D., du Musée canadien de la nature).

Cette étude relate comment les mammifères moins gros qui ont survécu ont modifié leurs interactions écologiques, ce qui a provoqué un bouleversement dans tout le continent. Ces résultats ont des implications pour la conservation des gros animaux qui vivent actuellement et qui sont de plus en plus menacés par les activités humaines.

« Les unes après les autres, les études attestent que ce sont les mammifères les plus gros qui sont les plus menacés ou les plus vulnérables. Donc en examinant d’abord les séquences fossiles, nous démontrons bien que la disparition des gros animaux d’un écosystème donne lieu à des changements écologiques de grande ampleur », explique Danielle Fraser, paléomammalogiste au Musée canadien de la nature et participante à cette étude.  

L’auteure principale Aniko Toth, Ph. D., de l’université australienne Macquarie a collaboré avec Danielle Fraser et d’autres scientifiques dans le cadre d’un groupe de travail international basé à la Smithsonian Institution de Washington, aux États-Unis. Ce groupe tente de comprendre comment les communautés d’animaux  qui ont cohabité ont changé au fil du temps.

Les scientifiques ont analysé une multitude de données pour 93 espèces afin d’étudier la distribution des mammifères en Amérique du Nord de la fin du Pléistocène (il y a 11 700 ans) jusqu’à l’Holocène (qui se poursuit au temps présent). Durant cette période, les continents ont connu des transformations écologiques : les steppes à mammouth ont disparu, la végétation et le régime des feux se sont transformés, les groupes fonctionnels de mammifères ont disparu aussi et les systèmes mondiaux de rétroaction biophysique se sont modifiés.

Les chercheurs ont tenté de savoir si les paires d’espèces qui avaient échappé à l’extinction se trouvaient souvent dans les mêmes communautés ou non. Leurs résultats indiquent qu’avant l’extinction de la fin du Pliocène, la co-occurrence de ces espèces était plus fréquente. Après cette période, la ségrégation des paires d’espèces  devint plus commune. La façon dont les espèces interagissaient entre elles a changé également. Les espèces survivantes ont augmenté leur aire de répartition géographique, avec un chevauchement accru entre les différentes aires.

L’étude révèle un point crucial : l’importance des interactions avec les autres êtres vivants (ce qu’on appelle les associations biotiques) a décliné après la fin du Pléistocène.   

« Une des découvertes majeures de cette étude est le fait que les associations biotiques entre les espèces survivantes s’effondrent », explique Danielle Fraser. C’est, par exemple, le cas des associations entre le cerf de Virginie et l’antilocapre ainsi qu’entre le coyote et le raton laveur.

Alors qu’en était-il lorsque les gros mammifères (mégafaune), aujourd’hui disparus, étaient présents ? Selon Toth et son équipe, ces gros mammifères ont pu favoriser les interactions entre d'autres espèces. Danielle Fraser explique que, parmi ces interactions, on pouvait avoir des mammifères qui tenaient lieu « d’ingénieurs de l’écosystème », comme les mammouths qui broutaient l’habitat des steppes, ou encore d’autres qui entretenaient une relation prédateur-proie.

« La majeure partie des scientifiques s’entendent aujourd’hui sur le fait que les interactions biotiques ne fonctionnent qu’à l’échelle locale », explique Aniko Tóth. Après l’extinction de la mégafaune, la scène spatiale des interactions biotiques a changé.

« Le legs de ces changements, c’est que les mammifères d’aujourd’hui se trouvent où ils sont en Amérique du Nord surtout pour des raisons climatiques et environnementales plutôt qu’à cause de leurs relations avec les autres mammifères », explique Danielle Fraser.  

Renseignements pour les médias
Dan Smythe
Relations avec les médias
Musée canadien de la nature
613.566.4781; 613.698.9253 (cell.)
dsmythe@nature.ca

Un mot sur le Musée canadien de la nature
Sauver le monde grâce aux faits, aux connaissances et à l’inspiration ! Le Musée canadien de la nature est le musée national de sciences et d’histoire naturelles du Canada. Il a vocation à transmettre des idées fondées sur des faits, à procurer des expériences instructives et à favoriser une relation enrichissante avec la nature d’aujourd’hui, d’hier et de demain. Il y parvient par plusieurs moyens : la recherche scientifique, une collection nationale de 14,6 millions de spécimens, des programmes éducatifs, des expositions permanentes et itinérantes, ainsi que du site Web dynamique nature.ca.