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Un projet quinquennal pour recenser les trésors botaniques de l’Arctique

À l’intérieur d’une tente, Paul Sokoloff presse des échantillons de linaigrette, Eriophorum sp.

Rapport de première main

Projet sur la flore arctique

Pendant l’automne 2011, l’adjoint à la recherche Paul Sokoloff bloguera au sujet de son travail sur le projet.

La fleur d’une saxifrage à feuilles opposées, Saxifraga oppositifolia.

Flora of the Canadian Arctic Archipelago

Maintenant en ligne

Des données et des illustrations pour près de 350 taxons de plantes vasculaires. Détails.

Roger Bull © Musée canadien de la nature

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Ce rare aster pygmée, Symphyotrichum pygmaeum, a été découvert au cours d’une expédition que le Musée a dirigée à l’île Victoria au Nunavut, en juillet 2008. Sa présence était auparavant inconnue dans cette partie de l’Arctique.

Laurie Consaul © Musée canadien de la nature

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Lynn Gillespie (à gauche) et Jeff Saarela collectent des saules le long de la rivière Hornaday au cours d’une expédition sur le terrain dans le parc national Tuktut Nogait, dans les Territoires du Nord-Ouest, en 2009.

Le Musée canadien de la nature est l’instigateur d’un ambitieux projet quinquennal d’envergure internationale qui consiste à compiler un catalogue scientifique des plantes arctiques du Canada et de l’Alaska. À terme, ce corpus sera la référence la plus exhaustive sur la flore, étonnamment riche et diversifiée, qu’abritent certains des écosystèmes les plus menacés d’Amérique du Nord.

« En bref, il s’agit de créer une nouvelle flore à jour et complète de l’Arctique canadien, explique Jeff Saarela, Ph. D, botaniste du Musée et codirecteur du projet avec Lynn Gillespie, Ph. D. Nous mettrons à profit l’information existante sur les plantes vasculaires de l’Arctique, nous y ajouterons de nouvelles données sur des régions mal explorées et nous établirons de nouvelles normes d’étude qui comprendront outils numériques et technologies de base de données et du Web. »

Une flore est une recension des espèces végétales qui comporte des descriptions, des noms scientifiques, ainsi que des cartes de distribution, des images et d’autres renseignements pertinents comme les usages traditionnels. Elle offre aux biologistes, aux écologistes, aux spécialistes des politiques et à toute autre personne intéressée, un « instantané » de la diversité végétale d’une région à un moment donné.

Le Musée a réuni une formidable équipe de spécialistes pour s’attaquer à ce projet qui vise de multiples buts et concerne quelque 800 plantes vasculaires. Autour du noyau que forment les scientifiques du Musée se greffent des botanistes du Canada (Agriculture et Agroalimentaire Canada, University of Manitoba et Université de Montréal) ainsi que d’autres de Norvège et d’Alaska. Chacun des 13 membres du groupe apporte ses connaissances sur des familles de plantes particulières et ouvre l’accès à des collections d’espèces arctiques.

« De par sa nature, la taxonomie est en perpétuel changement : les aires de distribution, les noms et même les espèces sont sujets à révision. Voilà pourquoi nous nous proposons de tirer profit des acquis, d’accroître les connaissances et d’établir de nouvelles bases pour conserver les données sur les plantes arctiques et pour guider les recherches futures », explique Jeff Saarela.

À une époque où l'on reconnaît l’influence des changements climatiques sur l’Arctique, le projet acquiert une pertinence immédiate. Il existe des plantes dans tous les écosystèmes arctiques, et nous savons qu’elles sont touchées par les variations de température et de taux d’humidité. À mesure que le climat se modifie, les plantes pourraient migrer et leur distribution géographique, varier. « Nous savons, précise Jeff Saarela, que certains arbustes comme le saule et le bouleau se développent davantage. À certains endroits, le long de la limite forestière, des espèces fréquentes dans la forêt boréale se déplacent graduellement vers le nord pour coloniser les écozones arctiques. »

Le Projet de la flore arctique s’appuie sur l’ancienneté et la vitalité de la recherche sur l’Arctique au Musée. L’Herbier national du Musée abrite la collection la plus complète des plantes de l’Arctique canadien, certains spécimens datant du XIXe siècle. Les botanistes du Musée ont rédigé plusieurs flores de l’archipel Arctique, notamment Susan Aiken, Ph. D., qui a publié en 2007 Flora of the Canadian Archipelago (en anglais seulement). Pendant près d’un siècle, le personnel du Musée a exploré le Grand Nord pour collecter, identifier et étudier des spécimens botaniques. De récentes expéditions les ont conduits à l’île Victoria et jusqu’au parc national Tuktut Nogait dans les Territoires du Nord-Ouest.

Heureusement, l’équipe de recherche peut utiliser tout ce qui existe déjà sur l’Amérique du Nord, notamment les flores des îles de l’Arctique, du Nunavut, du Yukon, de l’Alaska, de la partie continentale des Territoires du Nord-Ouest, du nord du Québec et du Labrador (à paraître). Mais les données sont lacunaires dans plusieurs régions qui ont été peu explorées ou n’ont pas fait l’objet de collectes suffisantes; de plus certaines références datent de plusieurs décennies. « Quand on utilise des méthodes différentes pour différentes zones, il est difficile d’obtenir une vue d’ensemble juste. Nous voulons quelque chose qui représente toute la région », fait remarquer Jeff Saarela.

Les défis sont multiples. Il faut d’abord repérer toutes les collections pertinentes qui comprennent des plantes arctiques actuelles. La plupart des collections ne sont pas bien numérisées, de sorte qu’il est difficile de savoir quelles espèces existent et où elles ont été trouvées.

Il faut ensuite se rendre sur le terrain pour étudier les zones peu explorées, comme certaines parties septentrionales de l’île de Baffin et de vastes étendues du Nunavut intérieur. « Il est certes possible de recourir à l’imagerie satellite pour évaluer de grandes régions, mais pour étudier la biodiversité de façon plus fine, il faut aller sur le terrain et cueillir des spécimens, affirme Jeff Saarela. Une fois que vous avez prélevé une plante et que vous l’avez versée dans la collection officielle d’un musée, elle fait alors partie d’un registre scientifique permanent. »

Après la collecte, une enquête scientifique s’impose pour résoudre les problèmes d’identification de certaines espèces. Jeff Saarela se spécialise dans l’étude des carex et des graminées, deux groupes végétaux qui n’ont rien de très attrayant. « J’aime les plantes que la plupart des gens dédaignent. Elles ne produisent pas de grosses fleurs par exemple. » La technologie faisant appel à l’ADN est un des outils utilisés pour effectuer les identifications.

Ces préoccupations étaient au cœur des discussions quand l’équipe s’est réunie pour la première fois au Musée en mars 2011. Les membres ont discuté des buts à atteindre, ils ont fixé le calendrier des travaux et défini les critères du projet. Ils ont résolu une des questions épineuses – délimiter la région touchée par le projet – en se mettant d’accord pour suivre la Carte de la végétation arctique circumpolaire, qui comprend essentiellement les zones au-delà de la limite forestière.

Maintenant tous les éléments sont en place. Si tout se passe comme prévu, l’équipe compilera toutes les données, numérisées ou non, contenues dans les collections existantes pendant la prochaine année. Une fois les cartes de distribution tracées, les chercheurs s’apprêteront à partir en expédition dans les régions ciblées.

Et les découvertes ne manqueront pas, comme ce fut le cas lors de l’expédition de 2009 au parc national Tuktut Nogait. Comme le fait observer Jeff Saarela, « nous avons trouvé toutes sortes d’espèces nouvelles dans la région, mais nous savons que c’est surtout parce que la zone n’avait jamais été étudiée à fond. »

Saviez-vous que…

La saxifrage à feuilles opposées, Saxifraga oppositifolia, la fleur provinciale du Nunavut, est presque toujours la première fleur à pousser au printemps. Ces fleurs sont mangées par les autochtones, ou séchées et infusées pour en faire du thé.

La linaigrette de Scheuchzer, Eriophorum scheuchzeri, est broutée par les bœufs musqués. Les têtes de coton sont utilisées pour les mèches de lampes. Kanguujat, le terme utilisé pour cette plante du Nord-de-l’Île-de-Baffin, signifie « qui ressemble à une oie des neiges », car un champ de ces plantes en fleur ressemble à des oies des neiges qui viennent de se poser.

La dryade à feuilles entières, Dryas integrifolia, est répandue dans l’archipel Arctique. On dit de ces plantes qu’elles indiquent les saisons : à l’annonce de l’été, elles se déploient dans une direction et lorsque l’hiver arrive, elles se replient et pivotent dans l’autre direction.

Steve Cumbaa, Laurie Consaul, Jeff Saarela © Musée canadien de la nature

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