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La découverte d’une espèce fossile de dauphin édenté éclaire l’évolution des premiers cétacés

Robert Boessenecker © Robert Boessenecker

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Vue conceptuelle d’Inermorostrum xenops nageant dans l’océan pendant l’Oligocène.

OTTAWA, August 23, 2017 – La découverte d’un crâne fossile par un plongeur, à Charleston, en Caroline du Sud, a permis d’identifier une nouvelle espèce de dauphin aujourd'hui disparue. Danielle Fraser, paléontologue au Musée canadien de la nature, a participé à l’étude. Ce dauphin édenté, qui vivait il y a quelque 28 à 30 millions d’années, s’ajoute aux divers témoignages de l’évolution du comportement alimentaire des cétacés (l’ordre auquel appartiennent les dauphins). 

Selon Robert W. Boessenecker, professeur auxiliaire de géologie au Collège de Charleston, ce dauphin découvert il y a peu appartient à une espèce naine au rostre court, totalement dépourvu de dents. De fait, le nom de genre – Inermorostrum xenops – signifie « rostre sans défense », allusion à l’absence totale de dents.

M. Boessenecker, est l’auteur principal de l’étude parue aujourd’hui dans la revue Proceeding of the Royal Society B (en anglais). Fraser a participé à l’étude de la contribution du spécimen à la connaissance de l’évolution des premiers cétacés.

Inermorostrum est le plus ancien des cétacés connus à se nourrir par aspiration, qui est l’un des deux modes d’ingestion de nourriture observés chez les cétacés à dents. Les cétacés à dents encore vivants comprennent dauphins et marsouins, baleines à bec et grands cachalots.

Selon M. Boessenecker, l’espèce récemment découverte appartient à un groupe ancien de dauphins qui se repéraient par écholocation, les xénorophidés, qui représentent la toute première diversification des cétacés à dents. Ces derniers n’ont évolué que pendant quatre millions d’années avant l’apparition d’Inermorostrum. Leurs ancêtres, appelés basilosauridés archéocètes, avaient des dents bien alignées. L’existence d’Inermorostrum signifie qu’il a suffi de quatre millions d’années pour qu’apparaisse un spécialiste de l’alimentation par aspiration parmi les cétacés ancestraux.

« Nous avons étudié l’évolution de la longueur du rostre chez les cétacés et découvert qu’au cours de l’Oligocène (voici 25 à 35 millions d’années) et au début du Miocène (il y a 20 à 25 millions d’années), les cétacés qui utilisaient l’écholocation ont rapidement évolué en spécimens à rostre très court et d’autres à rostre très long. Cette évolution représente une radiation adaptative du comportement alimentaire et des modes de spécialisation », explique M. Boessenecker. « Nous avons aussi constaté que les rostres courts et les rostres longs ont tous deux évolué de nombreuses fois en différents endroits de l’arbre phylogénétique et que le rostre deux fois plus long que large des dauphins modernes, comme le dauphin à gros nez, est d’une longueur optimale, puisqu’il permet à la fois d’attraper du poisson et d’aspirer la nourriture. »

M. Boessenecker avance que le dauphin de la nouvelle espèce devait se nourrir principalement par aspiration, peut-être de poisson, de calmar et d’autres invertébrés à corps mou du fond océanique. Son comportement alimentaire était peut-être semblable à celui du morse. Par ailleurs, une série de canaux et de trous profonds pour le passage d’artères sur le rostre indiquent la présence d’une grande quantité de tissus mous, de lèvres probablement larges, voire de moustaches.

Les chercheurs estiment sa taille à 1,2 mètre seulement, soit moins que ses parents les plus proches. Le dauphin à gros nez moderne atteint par exemple 2,1 à 3,5 mètres de longueur.

« La découverte d’un cétacé qui se nourrissait par aspiration si tôt dans l’évolution de cet ordre nous force à revoir ce que nous croyions savoir sur la rapidité d’apparition de nouvelles formes et ce qui a pu générer cette évolution des premiers cétacés », dit Danielle Fraser. « La productivité accrue des océans a pu compter pour beaucoup », suggère-t-elle.

Nombre d’espèces de cétacés de l’Oligocène ont été trouvées en Caroline du Sud, et plusieurs à Charleston et dans les environs. Cette région est l’une des rares au monde à ouvrir une fenêtre sur l’évolution des cétacés à dents, les autres étant la Nouvelle-Zélande, le Japon et le nord-ouest de l’océan Pacifique.

Le crâne d’Inermorostrum a été découvert par un plongeur dans la rivière Wando, à Charleston, et est maintenant exposé au Musée d’histoire naturelle Mace Brown au Collège de Charleston. « Sa découverte confirme encore les dépôts des environs de Charleston comme une zone de grande diversité parmi les baleines et dauphins anciens », conclut Robert Boessenecker.

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Renseignements pour les médias : 
Dan Smythe
Chef, Relations avec les médias
Musée canadien de la nature
613.566.4781; 613.698.9253 (cell.)
dsmythe@mus-nature.ca

Mike Robertson 
Directeur principal, Relations avec les médias
Collège de Charleston
843.953.5667; 843.870.1277 (cell.)
Robertsonm@cofc.edu