Lupin arctique, Lupinus arcticus
Une histoire fascinante

Ce lupin arctique a poussé à partir des graines recueillies par les chercheurs. |
Des recherches récentes ont jeté un nouvel éclairage sur une vieille histoire concernant quelques graines « préhistoriques » de lupin arctique provenant du Yukon. Grâce à une curiosité scientifique durable et une nouvelle technologie, les chercheurs ont pu en savoir davantage sur l’âge des graines.
En 1954, on a trouvé environ 20 graines dans des terriers de rongeurs préhistoriques. Les terriers ont été découverts dans la terre gelée près de Miller Creek au Yukon. Ils proviennent de l’ère du Pléistocène qui remonte à entre deux millions et 10 000 d’années.
Le paléobiologiste du Musée canadien de la nature, Dick Harington (aujourd’hui retraité), entend parler des terriers en 1966 alors qu’il effectue des travaux sur le terrain dans la région. Il emporte le contenu d’un terrier de rongeurs, y compris les graines et un crâne, à Ottawa. Il les montre alors aux botanistes Erling Porsild du Musée et Gerry Mulligan du ministère de l’Agriculture. Porsild les identifie sans problème comme étant des graines de lupin arctique, Lupinus arcticus.
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Harington examine de nombreux indices et conclut que les terriers de rongeurs ainsi que leur contenu doivent avoir environ 10 000 ans. Ses collègues et lui se demandent comment les graines ont pu être si bien préservées. Ils croient qu’un événement catastrophique comme un glissement de terrain ou une bonne épaisseur de cendre volcanique a scellé les tunnels au printemps ou au début de l’été avant le dégel du sol, ce qui a gardé le contenu à l’abri de la chaleur et de l’humidité pendant 10 millénaires! |
Voici le crâne de lemming à collerette, Dicrostonyx groenlandicus, découvert par Harold Schmidt en 1954. Catalogue : CMNFV 12062. |
En 1967, ils décident de vérifier si les graines sont encore viables et en mesure de donner des plantes. On tente de faire germer les graines les mieux préservées… et l’expérience est une réussite! Cette expérience réussie emballe autant les botanistes que les paléontologues car personne n’a jamais fait germer des graines aussi anciennes, tant s’en faut.
Plant de lupin arctique, Lupinus arcticus, poussant dans l'Arctique dans les années 1970. |
LMais sans une méthode plus fiable de datation des graines de lupin, certains scientifiques demeurent sceptiques sur leur âge véritable. Harington avait à plusieurs reprises tenté de vérifier leur âge. Les experts avaient prévenu cependant que le fait d’avoir enduit les graines de cire les avait contaminées et on ne pourrait pas déterminer leur âge de manière fiable au radiocarbone.
Des décennies plus tard, M. Grant Zazula, un paléontologue du gouvernement du Yukon, décide de se pencher à nouveau sur cette question. Il a déjà étudié d’anciens terriers de rongeurs enfouis dans le pergélisol et a récupéré des graines de nombreuses espèces de plantes. Mais il n’a jamais trouvé de graines « préhistoriques » de lupin arctique. |
Certaines des graines trouvées en 1954 font toujours partie des collections du Musée canadien de la nature. En 2008, Zazula contacte Harington, qui (en tant que chercheur émérite au Musée) est en mesure de fournir des graines pour un nouvel examen.
Les deux s’adressent à Mme Fiona Brock, une experte en datation au carbone 14 de l’université d’Oxford. Elle réussit à surmonter les difficultés entraînées par la contamination à la cire et utilise la spectrométrie de masse par accélérateur sur les graines. Son travail en 2008 prouve que les graines ont au moins 50 ans et que leur âge se situe dans ces environs. Elles n'ont donc pas 10 000 ans!
La datation au carbone 14 a permis à tout le moins de confirmer que le crâne de lemming variable trouvé avec les graines est encore plus ancien que 10 000 ans. Il remonte à environ 23 000 ans. Zazula émet l’hypothèse que les terriers ont dû être exposés par l’activité minière et des graines de lupins arctiques modernes ont dû s’y déposer.
La science cherche continuellement de nouvelles informations pour améliorer nos connaissances collectives du monde. Les scientifiques émettent des suppositions raisonnables en se fiant aux meilleures preuves disponibles de l’époque. Ces hypothèses sont remises en question par la suite lorsque de nouvelles preuves sont découvertes et qu'une technologie plus avancée voit le jour. C’est ce qui rend la science dynamique et fascinante.
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